Le savon végétal, une alternative au greenwashing des cosmétiques

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Je me souviens encore de mes quelques visites chez le dermato vers mes 13-14 ans qui me déconseillait le gel douche pour me laver. Il ne m’était jamais venu à l’idée de m’interroger pourquoi elle insistait tant là-dessus. Seulement voilà, avec l’aire du bio, cela fait maintenant plus ou moins un an que je m’intéresse à la composition des produits cosmétiques. C’est parfois hallucinant de voir ce que l’on retrouve dans certains produits, surtout pour des marques qui prétendent être hypoallergéniques, ecofriendly etc. Pour ceux qui ignorent totalement le sujet ou qui n’ont pas envie de lire, je recommande le reportage Gel douche : Peaux sensibles s’abstenir, réalisé par Liza Fanjeaux, qui dénonce l’utilisation de substances nocives dans les gels douche. Parce que oui, entre un gel douche du Lidl, Sanex ou Dior, les seules choses qui changent, ce sont la senteur, le packaging et le prix.

LES GELS DOUCHES

© Belgian Chocolates

Les gels douche sont, selon moi, un pur produit marketing inventé autour d’un thème, d’une senteur mais qui ne respectent en aucun cas leur rôle principal : nettoyer la peau correctement. La plupart d’entre eux contiennent les mêmes composantes, seules les odeurs et le packaging changent. Pour faire court, leur problème est qu’ils contiennent 80% d’eau et qu’il faut donc des conservateurs (allergisants et parfois nocifs) pour éliminer les bactéries. Et puis, ils sont fabriqués industriellement et contiennent essentiellement des dérivés du pétrole (notamment les silicones).

Dans les ingrédients à proscrire :

  • Les sulfates tels que le Sodium Laureth Sulfate (SLES) et le Sodium Lauryl Sulfate (SLS) même s’il est moins fréquent que le SLES aujourd’hui. Ces tensioactifs créent cette fameuse mousse présente dans les gels douche et shampooings. Pourtant, ceux-ci n’apportent rien au nettoyage de notre peau. Au contraire, cela l’irrite car les sulfates possèdent de puissantes actions détergentes. Pour preuve, regardez l’étiquette de votre savon de vaisselle ou encore d’un produit de nettoyage que vous avez à proximité, il y a de fortes chances que le SLES soit dans les premiers ingrédients répertoriés. Cela signifie donc que ces produits corrosifs utilisés pour laver notre vaisselle ou notre sol, se retrouvent sur notre peau tous les jours. En soi, il n’y a rien de mal à se laver avec de temps en temps, mais à l’usure, notre peau s’assèche, notre barrière cutanée en est affaiblie et laisse passer plus facilement des composantes extérieures cancérigènes1. Sur le long terme, certaines peaux risquent l’irritation, des infections et d’autres maladies plus inquiétantes telles que des cancers. A noter que le dioxide d’éthylène servant à transformer le SLS en SLES est lui-même un cancérogène reconnu. De plus, les détergents sulfatés peuvent également se transformer en composés cancérogènes par réaction avec d’autres molécules souvent répandues dans les cosmétiques comme le triethanolamine 2. C’est donc psychologique voire même culturel de penser qu’une peau n’est pas nettoyée s’il n’y a pas de mousse.
  • L’iodopropyl, conservateur qui libère de l’iode dans l’organisme, ce qui augmente le risque de troubles de la thyroïde.
  • Le méthylisothiazolinone, autre conservateur souvent associé au méthylchloroisothiazolinone. Ils remplacent (dans la plupart des produits) les parabens puisque tout le monde sait qu’ils sont nocifs.
  • Les silicones ne sont pas tellement nocifs pour la peau bien qu’ils étouffent la peau. Le gros problème concerne la question environnementale : les silicones ont besoin de plusieurs siècles pour se décomposer. Et ça, ça fait mal. Pour s’y retrouver sur l’étiquette, les siliciones les plus fréquents sont généralement le dimethicone, dimethiconol, cyclopentasiloxane, phényldiméthylpolysioxane.


LES FAUX AMIS

Le Belge Julien Kaibeck, spécialiste de la slow cosmétique a notamment publié sur son site une liste des marques à éviter. Il les classe en deux catégories : les « faux dermatos » (La Roche Posay, Avène, Dove, …) et les « rois du greenwashing », avec entre autres Le Petit Marseillais et Lush.

LES SAVONS INDUSTRIELS SOLIDES

Du côté des savons en bloc industriels, les composantes ne sont pas idéales même si elles sont moins irritantes et allergisantes que les gels douche. En effet, ils contiennent des agents de synthèse et de la graisse animale. Les savons non bio vendus dans le commerce sont fabriqués à base de bondillons (des flocons de savon) auxquels on ajoute des colorants et des parfums. Ce savon est très souvent composé d’huile de palme/sodium palmate (petit coucou pour la déforestation) et de gras animal. Pour les végétariens, si vous voyez sodium tallowate dans les ingrédients, il s’agit de graisses animales fondues, souvent de bœuf ou de porc.

LES SAVONS BIO VEGETAUX/ARTISANAUX

L’énorme différence entre un savon fabriqué artisanal/à froid et un savon industriel, c’est le surgras. C’est-à-dire qu’un savon végétal est composé de plus d’huiles nécessaires à l’hydratation de la peau. Toutes les propriétés hydratantes des huiles naturelles et la glycérine naturelle formées pendant la fabrication, restent dans un savon artisanal. L’absence de surgras dans les savons industriels explique donc pourquoi certains ont parfois l’impression d’avoir la peau asséchée après s’être lavés. Rien de tel donc qu’un bon savon de Marseille qui ne compte que deux ingrédients : de l’huile d’olive (72%) et de la soude (28%) ; soit la base de tous les savons.

LES AVANTAGES

  • La qualité : Un savon naturel fabriqué à froid, va dégager des propriétés cutanées, contrairement au gel douche. En effet, l’avantage du savon naturel artisanal est qu’il est fabriqué avec uniquement des corps gras (huiles, beurres végétaux) hydratants, adoucissants et réparateurs, enrichis en huiles essentielles.
  • Le prix: un savon coûte tout autant voire moins cher qu’un gel douche (entre 2 et 4€ le savon) pour une meilleure durée de vie.
  • La durée de vie : plus longue que le gel douche (+/- 3 mois pour le savon, 1 mois pour le gel douche).
  • L’environnement : les gels douche sont composés d’eau et de produits chimiques, présentés dans des flacons plastiques avec une durée d’utilisation limitée. Les savons sont plus respectueux de l’environnement, composés d’ingrédients naturels (favoriser les beurres et huiles végétales et éviter éventuellement l’huile de palme) avec une plus longue durée d’utilisation.
  • Multi usage : pour l’hygiène du corps, du visage et des mains mais aussi pour la lessive. Notons que le gel douche est aussi multi usage : on achète bien souvent un savon liquide en plus du gel douche pour se laver les mains alors que l’on retrouve des composantes similaires dans les 2 produits.
  • Il est plus facile de trouver des savons 100% naturels que des gels douche naturels(sachant que le prix d’un gel douche bio varie de 6 à 10€)

Où acheter des savons végétaux ?

En grande surface dans la catégorie des savons « bio » ou dans des magasins bio, ou encore dans des marchés artisanaux. Je recommande tant le savon de Marseille, tant le savon d’Alep, tant le savon à base d’huiles végétales (il existe différents types d’huiles pour différents types de peaux) que le savon au lait d’ânesse.

Sites à recommander

1) Le site de Julien Kaibeck: il donne plein d’astuces pas chères pour tout type de peau et parfois zéro déchets. Il a notamment publié un article à propos du greenwashing cosmétique accompagné de cette vidéo.

2) La vérité sur les cosmétiques: ce site permet de déchiffrer la composition des ingrédients d’un produit cosmétique. Facile d’utilisation, il suffit d’indiquer les 3 premières lettres du produit et faire ça pour chacun des ingrédients. On obtient donc une évaluation finale sur le produit analysé avec une mention allant de « très bien » à « déconseillé ».


1 Lee, C. H., & Maibach, H. I. (2000). Sodium Lauryl Sulfate: Water Soluble Irritant Dermatitis Model. Cutaneous Biometrics. doi:10.1007/978-1-4615-1199-1_21
2 El-Sharkawy, G.F. (2011). Awareness of Sodium Lauryl Sulfate & Sodium Laureth Sulfate Health Hazards among Users. Journal of American Science